Allo, Huaraz?

Niels Ackermann

«Allo, Huaraz, vous m'entendez? Il y a quelqu'un?» Non. Personne n'est là pour répondre au gouverneur local qui tente désespérément de prouver aux journalistes locaux qu'un téléphone satellite peut sauver Huaraz d'une coulée de boue meurtrière. Son lamentable échec - diffusé en direct à la télévision - amuse, mais le danger mortel persiste néanmoins.

Huaraz, une ville de 150'000 habitants située dans les Andes Péruviennes est exposée à la menace constante du lac Palcacocha. Un petit mais dévastateur lac de montagne qui a déjà détruit la moitié de la ville en 1941, tuant environ 5'000 personnes. Si rien n'est fait, le coût humain de la prochaine inondation pourrait être bien plus élevé. La ville est en effet cinq fois plus peuplée qu'en 1941.

Depuis les années 70, sous l'effet du réchauffement climatique, le volume du lac Palcacocha a été multiplié par 34, atteignant 17 millions de mètres cube. Si un bloc du glacier voisin venait à tomber dans le lac, les vagues qu'il générerait détruiraient l'instable barrage naturel de la moraine, libérant une avalanche de boue et de rochers meurtrière qui atteindrait Huaraz en moins d'une heure et demie.

Depuis 2009, l'ingénieur Cesar Portocarrero avertis les autorités du danger en constante augmentation que représente ce lac. La solution qu'il suggère: percer un tunnel sous le lac pour en réduire le niveau.

Mais les autorités ont préféré opter pour une solution moins chère mais temporaire: siphonner le lac pour éviter que le lac ne croisse au delà d'un niveau que tous s'accordent déjà à considérer comme extrêmement dangereux. Des gardes surveillent en permanence le lac armés d'une vieille radio et d'un téléphone satellite dernier cri. Hélas, à Huaraz, rien n'est prêt pour répondre à l'inévitable coup de fil funeste. Aucune sirène, aucun entrainement, aucune carte précise des zones à risque...

Pourquoi une telle passivité des autorités? C'est n'est en tout cas pas par manque d'argent: l'industrie minière est une manne considérable pour la région. Le problème résiderait plutôt dans la nature du problème: «les politiciens veulent des résultats immédiats. Ils ne sont pas intéressés par la réduction des risques, parce que si tout fonctionne, il n'y rien à montrer» analyse M. Portocarrero.

Régler la menace de Palcacocha pourrait même être source d'opportunités pour la ville en sécurisant l'accès à l'eau potable pour le futur proche. Le candidat déchu à la mairie Raùl Ortiz avait basé sa campagne sur cette idée: d'une part sécuriser la ville, mais aussi prévenir le prochain calvaire de la région, l'assèchement des sources d'eau de la région.